Milton Hatoum et Amin Maalouf au Salon du livre 2015

L’Institut français a invité à  l’occasion du Salon du livre deux prestigieux écrivains de la diaspora libanaise, Milton Hatoum et Amin Maalouf pour parler des origines multiples qui bruissent dans leurs langues. 

Milton Hatoum, Amin Maalouf et Pascal Jourdana

« Je suis un fils de Libanais qui ne parle pas l’arabe », constate l’écrivain brésilien Milton Hatoum. S’il regrette cette « mélodie perdue », l’auteur de Deux frères (Actes Sud 2015) assure que la culture libanaise est encore très présente chez lui. Enfant, il entend trois langues, l’arabe et le portugais « si différents » et le français transmis par sa grand-mère. « Je pensais que les adultes parlaient une langue et les enfants une autre », se souvient-il.

De cette perte de l’arabe, il dit qu’elle est l’aspect regrettable d’un phénomène admirable, celui de la « dilution des origines à la base de la société brésilienne ». Il considère comme ridicule l’engouement actuel pour les tirets qui relient « Afro-Americans » et autres « Japonese-Americans », déteste être qualifié de « libanese brazilian writer » et s’amuse à penser qu’avec ses multiples origines « Amin Maalouf aurait au moins 50 tirets ! »,

La mort de la civilisation levantine, un désastre

L’auteur des Identités meurtrières dénonce lui aussi cette mode, qui se voudrait respectueuse, d’assigner les gens à leurs origines. Poursuivant sa réflexion sur les identités multiples, il avance que la disparition de la civilisation levantine multiconfessionnelle, et du modèle qu’elle aurait pu être, est « un désastre pour l’humanité » et salue le métissage de la société brésilienne comme « une réponse convaincante » à la question de savoir comment faire vivre ensemble des gens différents. Dans son livre intitulé Origines (Grasset 2004), il part lui-même en quête de l’identité de ses deux grands-pères à partir de papiers conservés par la grand-mère et jamais ouverts. Il donne lecture du début de l’ouvrage qui illustre son propos :

« D’autres que moi auraient parlé de “racines”… Ce n’est pas mon vocabulaire. Je n’aime pas le mot “racines”, et l’image encore moins. Les racines s’enfouissent dans le sol, se contorsionnent dans la boue, s’épanouissent dans les ténèbres ; elles retiennent l’arbre captif dès la naissance, et le nourrissent aux prix d’un chantage : “Tu te libères, tu meurs ! ». Les arbres doivent se résigner, ils ont besoin de leurs racines, les hommes pas ».

Amin Maalouf n’évoquera donc pas ses « racines », mais les échos des nombreuses langues entendues et parlées, qui bruissent à travers son écriture et nourrissent son œuvre. Le turc, par exemple, qu’il ne connaît pas, mais dont il conserve, dit-il, tout l’imaginaire.

Pour Milton Hatoum, ce sera, entre autres, le français, celui de sa grand-mère, lectrice d’Un cœur simple de G. Flaubert. Est-ce par ce qu’il lui a semblé connaître cette femme humiliée, « mais un siècle plus tard et sur un autre continent » qu’il deviendra son traducteur en portugais, puis celui de Mme Bovary ? Sans doute. « Quand on traduit (Flaubert), on découvre l’effort du style, de l’écriture, la souffrance, ces heures et ces heures passées pour chaque phrase… », s’émerveille-t-il, « mais aussi on apprend sur sa propre langue ».

Il souligne le rôle civilisateur de la traduction sans laquelle on ne pourrait avoir accès aux œuvres étrangères et constate : « Quand on traduit moins, cela se ressent, les sociétés se rabougrissent, perdent l’essentiel ». Amin Maalouf mêle sa voix à cet éloge de la traduction, estimant pour sa part, que les traducteurs, loin d’être des « traduttore » (traîtres. Ndr) sont « ceux qui servent le mieux une œuvre », en la faisant voyager.

Publié dans L'Actu, Salon du livre de Paris | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Faire voyager les auteurs français à l’étranger

Les responsables de droits étrangers des maisons Gallimard, Albin Michel et Perrin étaient réunies sur le stand du CNL à l’occasion du Salon du livre pour répondre à la question « qu’est-ce qui fait le succès de nos auteurs à l’étranger » ? Jean-Christophe Grangé, fort de ses 10 millions de livres vendus dans 30 langues, participait au débat.

Débat sur le succès des auteurs français à l'étranger salon du livre 2015

Le succès des auteurs français à l’étranger au salon du livre 2015

Le métier consiste à « offrir une seconde vie aux livres français à l’étranger », expose Rebecca Byers de la maison d’édition Perrin. Elle rappelle en préambule que le français est la seconde langue la plus traduite dans le monde après l’anglais et que l’édition française bénéficie d’un système d’aide à l’extraduction, « envié dans le monde entier », porté par différentes institutions publiques : le Centre National du Livre, le Bureau International de l’Édition française et l’Institut français.

Contrairement au système des agents littéraires des pays anglo-saxons, les services de cession de droit sont intégrés en France aux maisons d’édition, « ce qui rend le boulot remarquable », selon Anne-Solange Noble (Gallimard) qui explique que les agents anglo-saxons emploient souvent des « sub-agents » dans les autres pays et ne s’occupent donc que d’un territoire. À l’inverse, la force du modèle français est que les responsables des cessions de droits connaissent parfaitement leur réseau d’éditeurs étrangers et peuvent estimer si le livre proposé est en adéquation avec leur catalogue. « C’est une famille d’éditeurs étrangers qui partagent leurs coups de cœur. Il n’est pas rare que, si l’un achète, l’autre achète également », témoigne Rebecca Byers.

Bernard Weber vénéré en Corée

Rien ne garantit toutefois qu’un best-seller en France séduira le public allemand ou italien et certains engouements restent mystérieux. Ainsi Jean-Christophe Grangé déplace des foules à Istanbul, mais n’a pas réussi à percer aux États-Unis et Bernard Weber fait l’objet d’une quasi-vénération en Corée et en Russie. « La venue des auteurs dans les pays est un atout, surtout s’ils sont sympathiques, ouverts et vivants », assure Anne-Solange Noble qui précise qu’il n’est pas indispensable qu’ils parlent anglais. Tahar Ben Jalloun a ainsi su conquérir son public indien, sans user lui-même de la langue de Shakespeare, se souvient-elle.

Si Jean-Christophe Grangé dit ne jamais « mettre son nez » dans les cessions à l’étranger, ni même dans la traduction des titres ou le choix des couvertures, car « mon travail, c’est d’écrire le livre », certains auteurs sont plus méfiants. Un droit de regard sur la traduction est parfois exigé, lequel peut être prévu dans le contrat. « La façon dont la traduction sera traitée est un des paramètres du choix de l’éditeur étranger », relève Anne-Solange Noble. Celle-ci raconte avec délectation l’afflux des agents littéraires à la foire de Francfort, quelques minutes après l’annonce du prix Nobel remis à Patrick Modiano, avec des offres « blind » (sans avoir lu. Ndr), « je leur répondais : “mais voyons, vous n’êtes pas aveugles, vous avez des yeux pour lire » ».

Solène Chabanais (Albin Michel) explique de son côté donner la préférence aux éditeurs qui ont déjà publié les ouvrages précédents, lesquels disposent d’une option. Dans le cas d’une mise en concurrence, l’argument financier n’est pas le seul pris en compte, « on regarde aussi la promotion dont le livre bénéficiera », précise-t-elle. 

L’eldorado américain

Enfin, si le Prix Nobel 2014 est sûr de voyager vers les lecteurs américains, ils sont peu nombreux à atteindre « l’eldorado ». La cession des droits pour l’anglais reste une véritable gageure, selon les trois responsables, même si Solène Chabanais estime que « cela est difficile, mais pas impossible ». Certains auteurs font ainsi office de « phénomènes exceptionnels », comme Muriel Barbery, dontL’Élégance du hérisson est resté 60 semaines sur la liste des best-sellers du New York Times. Une exception qui ne change pas la règle : les livres traduits représentent seulement 2 % à 3 % du marché de l’édition des pays anglo-saxons, contre 30 à 40 % en France.

Publié dans Albin Michel, Gallimard, L'Actu, Perrin, Salon du livre de Paris | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Le Livre à Metz célèbre le « mauvais genre »

Cette année, les « mauvais genres » sont à l’honneur au festival Le Livre à Metz, littérature et journalisme du 9 au 12 avril 2015.  L‘équipe de Fluide glacial a le bon goût d’y fêter ses 40 ans. 

« Nous avions choisi de célébrer l’irrévérence et la satire bien avant le 7 janvier (date des attentats à Charlie hebdo) » se rappelle Marie-Hélène Caroff, en charge de la programmation du festival. Elle se souvient du dernier soir de l’édition 2014 où toute l’équipe était assemblée pour un dîner informel,« Mathias Enard (conseiller littéraire du festival avec Philippe Lefait) a lancé cette idée. Je l’ai notée sur un bout de papier et lorsque le comité s’est retrouvé en septembre, tout le monde a été séduit. Le sujet permet d’inclure toutes les formes de littérature et de journalisme et de les traiter avec légèreté. Entre-temps, ce choix a pris une autre résonnance… »

Le hasard a ensuite voulu que Yan Lindingre, rédacteur en chef de Fluide glacial, soit messin et qu’il y ait justement un anniversaire à fêter… La surboum de Fluide glacial aura lieu à la Chapelle des Trinitaires, avec concerts et croquis de toute l’équipe, laquelle aura peut-être un peu mal aux cheveux pour la table ronde du lendemain sur l’histoire du magazine. Quatre expositions accompagnent l’événement, Les couvertures mythiques de Fluide, Les Bidochons de Binet, Les affiches du 7e lard et un hommage au regretté Tignous, dont 36 caricatures ont été rassemblées.

Liberté d’expression, « Umour et Bandessinées » 

La liberté d’expression et le droit de rire seront donc au cœur de la manifestation lorraine qui, depuis 2008, s’est recentrée sur les liens entre littérature et journalisme. Le festival accueille 30 000 visiteurs pour quatre jours de débats, de spectacles, d’expositions et surtout de rencontres avec des auteurs et des journalistes de la presse écrite, mais aussi des autres médias. La radio notamment y trouve toujours bonne place. Aurélie Charon et Caroline Gillet de France Inter mèneront une expérience de journalisme livre avec des jeunes « désobéissants » d’ici et d’ailleurs et les goûters sonores de la webradio Arte seront à Metz pour la première fois.

FluideIllus-40ans©Audie- Fluide Glacia

 Roberto Saviano en direct pour l’inauguration

« Le roman mêle de plus en plus réalité et fiction et les auteurs mènent souvent un travail d’enquête avant d’écrire », relève Marie-Hélène Caroff pointant les passerelles entre littérature et journalisme. Roberto Saviano, l’auteur du best-seller Gomorra et du récent Extra pure (Gallimard), mis en danger par ses investigations sur la Camorra napolitaine, interviendra ainsi lors de la soirée d’ouverture, pour un grand entretien, par vidéo conférence. 

Depuis 2006, il ne peut se déplacer que sous haute protection policière. D’autres tables rondes feront se croiser art de la plume et exigence de l’enquête, talent d’écrivain et rigueur du témoignage avec Sorj Chalandon, Lydie Salvayre, Adrien Bosc, Cédric Gras, Clara Dupond-Monot, Régis Jauffret, Joy Sorman, Serge Joncour ou encore Valérie Zenatti, parmi les 200 personnalités invitées. Les deux invités d’honneur sont le romancier Frédéric Beigbeder, également directeur de la rédaction du magazine Lui et Marie-Aude Murail, auteur de Oh, boy !, pour la jeunesse.

Traduire, une question de genre

Le festival offre par ailleurs de nouveaux champs d’exploration. Un partenariat avec la Frac Lorraine met un coup de projecteur sur la traduction comme fondement de toute culture. L’exposition regroupe les œuvres d’une dizaine d’artistes contemporains et engage à penser la traduction à l’heure de la globalisation, mais aussi à s’interroger sur les limites fixées par la langue. Ainsi, une table ronde (In) Traduisible, traduite en langue des signes français avec, entre autres Barbara Cassin, invite à entrer dans « la quatrième dimension » de la traduction et Corinne Oster, maître de conférence en traductologie à reconsidérer la question de genre à travers la traduction.

Philo punk à l’heure de l’apéro

Spectacles, théâtre, fanfare, ateliers « manga » ou « pop up », lectures (même la bande dessinée se fera entendre), tables rondes et grands entretiens se succèderont avec le souci de ne laisser de côté aucun âge ni aucun genre. La philosophie aura, elle aussi, voix au chapitre, à travers celle hautement revigorante d’Alain Guyard, philosophe forain dont l’objectif est de « mettre la philosophie dans tous ses états, de la sortir des universités pour l’emmener dans les prisons, les hôpitaux et les bistrots », et bien entendu dans tous les festivals littéraires qui n’ont pas peur des apéros philo et de la punk attitude.

La démarche d’aller à la rencontre de tous les publics n’est d’ailleurs pas étrangère à l’association Lelivre à Metz, littérature et journalisme dont la petite équipe (pour l’essentiel, deux salariées à temps plein, neuf stagiaires, un comité de sept bénévoles et 50 recrues pendant la manifestation) organise toute l’année, en amont du festival, des résidences et des actions au long cours en centre pénitentiaire, dans les lycées ou encore les maisons de retraite.

Souhaitons qu’une très bonne idée fuse dès dimanche soir pour la prochaine édition…

 

Publié dans Festival Litt. & Journalisme, Journalisme, Manifestations, Non classé | Tagué , , | Laisser un commentaire

« Soyez aussi enthousiastes que nous !», Dominique Bourgois à l’ETL

La directrice des éditions Christian Bourgois est revenue lors de son intervention à l’Ecole de Traduction Littéraire du CNL sur le métier d’éditrice et sur la construction d’un catalogue, avant de répondre aux questions des stagiaires de cette seconde promotion.  

Couverture La miséricorde des coeurs

Réputée pour la richesse de son catalogue dans le domaine de la littérature étrangère et sa politique de traduction, la maison d’édition Christian Bourgois, représentée par sa directrice Dominique Bourgois, était une invitée attendue des stagiaires de l’École de traduction littéraire du CNL. Dominique Bourgois, à la tête de la maison depuis le décès de son mari en 2007, débute son intervention par un petit rappel des réalités économiques et de l’indispensable équation qui veut que deux best-sellers annuels soient nécessaires pour financer la cinquantaine d’ouvrages publiée chaque année.

Le prochain roman de Toni Morrison à la rentrée

« Une maison, c’est un juste équilibre entre le fonds, les nouveautés et les prises de risque », expose-t-elle, avant de livrer quelques exemples de stratégies d’édition, lesquelles déterminent notamment les dates de parution. Ainsi, « afin de ne pas être écrasé », Ruby de Cynthia Bond, jeune auteur afro-américaine, paraîtra avant la sortie en septembre du dernier roman de Toni Morrison, auteur phare de la maison et prix Nobel de Littérature en 1993. L’éditrice confie n’avoir jamais aucune certitude sur le succès d’un livre, ne pas savoir, par exemple, pourquoi Home du même auteur s’est vendu à 120 000 exemplaires, bien mieux que tous les autres publiés depuis 20 ans. « Est-ce parce qu’il était plus court, plus facile ? »

Pour la parution d’un roman hongrois, recommandé par sa collègue des éditions Suhrkamp, Petra Hardt, elle demande à Imre Kertész de rédiger un commentaire, destiné au bandeau promotionnel. Un petit élément de marketing qui peut faire la différence sur la table des libraires. Ceux-ci restent, selon Dominique Bourgois, « les meilleurs prescripteurs », même si elle se réjouit de la couverture annoncée par quelques grands titres (Télérama, La Croix).

Elle explique « avoir pris un risque » avec ce premier roman d’un auteur inconnu en France, Szilárd Borbély (qui de plus s’est suicidé au printemps dernier) et n’oublie pas de saluer la traduction de Agnès Járfás qui a su rendre le style de « cette écriture ethnographique qui vous emmène avec la paille à l’intérieur des couettes, vous fait sentir l’odeur de la grand-mère, la température de la pièce ».

Qu’est-ce qu’une traduction réussie ?

À la question des stagiaires sur ce qu’elle considère être « une traduction réussie », elle cite de nouveau ce roman hongrois La miséricorde des cœurs. Les critères de qualité sont simples, elle a « lu le livre d’une traite, sans être heurtée par des questionnements ». Devoir revenir en arrière est toujours un mauvais signe, même si Dominique Bourgois ne préconise aucunement de gommer les aspérités de la langue pour rendre la lecture plus fluide, car « tout dépend du contexte et du moment de la narration ».

Il revient bien sûr au traducteur de pouvoir repérer toutes les références. Elle donne pour exemple la poésie américaine qui irrigue L’amour des Maytree de Annie Dillard, justement réintroduite dans la version française signée Pierre-Yves Pétillon. Une solide connaissance de l’hypertexte est nécessaire ; celle du pays également. « On ne peut traduire une langue si l’on ne connaît pas aussi la culture populaire du pays », avertit-elle. Il serait impossible d’être fidèle aux ambitions du texte de Toni Morrison, si on « n’entend pas les chansons de Nina Simone ou qu’on enlève les marques de produits de la vie quotidienne », soigneusement choisies par l’auteur. L’éditrice attend du traducteur « qu’il ait fait tout ce travail qui nourrit le texte » et, dans l’idéal, qu’il traduise avec plaisir, car « cela se sent quand le traducteur n’aime pas le texte qu’il traduit ».

Le dialogue entre traducteur et auteur est, selon Dominique Bourgois, la meilleure façon d’établir une confiance mutuelle, même s’il s’avère parfois un exercice éprouvant. Susan Sontag « chicanait pour un mot », Antonio Lobo Antunes, qui parle couramment l’anglais, l’allemand et le français « a attendu son dixième livre en français avant de trouver son traducteur » (Dominique Nédellec. Ndr) », raconte-t-elle. L’exercice est d’autant plus ardu, mais aussi jubilatoire, quand l’auteur est lui-même un grand traducteur. 

C’est le cas de Lydia Davis, traductrice de Gustave Flaubert et de Marcel Proust en anglais, traduite en français par Anne Rabinovitch. L’éditrice juge par ailleurs que les traductions vieillissent vite et nécessitent d’être actualisées, notamment lorsque « certains termes ne passent plus ». Le mot « moricaud » par exemple, a été modifié dans la toute récente retraduction du Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien par Daniel Lauzon, « non pas pour être politiquement correct, mais parce que ça ne veut rien dire ».

 Couverture de Une saison de coton de James Agee

Enfin, une bonne traduction serait aussi… une traduction rendue à temps. « Nous sommes contraints par la distribution, par la situation économique », insiste Dominique Bourgois qui remarque par ailleurs que « les traducteurs s’interrogent rarement sur l’économie du livre qu’ils traduisent ». Elle engage les stagiaires de l’ETL à se poser la question, se dit prête à leur fournir tous les éléments, différents pour chaque livre. Elle signale au passage que la traduction n’est pas toujours « un investissement rentable immédiatement ». La vente des droits des Poche permettrait, le cas échéant, d’en rembourser le coût. Elle regrette par ailleurs n’avoir parfois « d’autres échanges avec certains traducteurs que l’échange de copies ». Avec d’autres, elle travaille dans une relation étroite, comme lorsqu’elle fait appel à Hélène Borraz, pour vérifier une quatrième de couverture d’essais de James Baldwin.

Les propositions de textes des traducteurs sont d’ailleurs les bienvenues, a fortiori s’ils sont de la maison. Le jeune auteur chilien Diego Zúñiga lui fut ainsi « apporté » par Robert Amutio, traducteur de Roberto Bolaño. « De plus en plus de traducteurs envoient des textes », remarque-t-elle, encore faut-il s’être assurés au préalable qu’ils sont cohérents avec le catalogue et que les droits sont libres. « Faites le même travail que nous », lance-t-elle. Et peu après, une autre incitation : « Soyez aussi enthousiastes que nous. »

Le chiffre de vente dans le pays d’origine n’est pas un critère

Une réédition d’un auteur à l’étranger peut être une bonne occasion de le retraduire en France, ce qui fut entrepris en 2011 pour un voyage de Hans Günther Adler. Autre occasion saisie par l’éditrice, la publication par une petite maison d’édition américaine du texte original de Louons maintenant les grands hommes, bouleversante enquête réalisée par James Agee avec le photographe Walter Evans sur la misère qui a touché la population rurale lors de la Grande dépression de 1929 aux États-Unis. Enfin, elle précise que le chiffre de vente dans le pays d’origine est une indication de peu de poids. Il ne serait jamais un critère, « sauf pour un roman policier ».

Une maison d’édition serait « un rendez-vous de sources et de réseaux ». Aussi, pour découvrir ses textes, Dominique Bourgois discute avec ses homologues, rencontre les agents, se déplace sur les foires, les salons, lit la presse étrangère, notamment la presse anglo-saxonne, toujours attentive aux histoires que l’on peut découvrir au détour d’une page ou au cours d’une conversation, car, observe-t-elle, « on est éditeur 24/24, c’est un état d’esprit ».

Publié dans Bourgois, Edition, ETL-CNL, L'Actu | Tagué , , | Laisser un commentaire

La diversité linguistique malmenée à l’ENA

A partir de 2018, seul l’anglais reste une épreuve obligatoire du concours d’entrée de l’Ecole Nationale d’Administration.

Ecole Nationale d’Administration-Wally Gobetz-CC BY-NC-ND 2.0

Douze associations* attentives à la défense du plurilinguisme dénoncent ce choix d’une langue unique dans le quotidien La Croix daté du 27 février 2015 et s’étonnent de cette « régression incompréhensible ».

L’institution française se présente en effet sur son site comme « une école d’application à vocation nationale, européenne et internationale », dont la première mission est la formation des hauts fonctionnaires français et étrangers, les relations européennes et internationales et la formation aux questions européennes.

L’allemand, l’espagnol, l’italien, le russe, le portugais, l’arabe et le chinois pourront donc encore être choisis entre 2015 et 2017, mais seront éliminés du concours d’entrée à partir de 2018. De plus, en tant que formations facultatives, elles ne seront plus prises en compte dans le classement final. Cette réforme procède de l’application de l’arrêté ministériel du 16 avril 2014 fixant la nature, la durée et le programme des épreuves. La référence jusqu’en 2014 était l’arrêté du 13 octobre 1999 qui comportait 14 langues : allemand, anglais, arabe classique moderne, chinois, danois, espagnol, grec moderne, hébreu, italien, japonais, néerlandais, polonais, portugais et russe. Une « évolution » triste comme une peau de chagrin…

La tribune signée, entre autres personnalités, par Thérèse Cler, Isabelle Alfandary, Armelle Groppo et Hélène Méar, souligne l’incohérence de ce choix avec celui de rendre deux langues vivantes obligatoires au baccalauréat et regrette « ce mauvais signal donné à l’ensemble des pays dont la langue est supprimée du concours ». Pour finir, les signataires soulèvent toute l’ironie du choix du nom de baptême de la dernière promotion, à savoir « George Orwell », inventeur dans son roman d’anticipation 1984 du newspeak ou novlangue.

* ADEAF : Association pour le développement de l’enseignement de l’allemand en France ; AFEA : Association française d’études américaines ; AFR : Association française des russisants ; AGES : Association des germanistes de l’enseignement supérieur ;  ALF : Avenir de la langue française ; APLV : Associations de professeurs de langues vivantes ;  CLEC : Cercle littéraire des écrivains cheminots ; ICEG : Institut culture, économie et géopolitique ;  OEP : Observatoire européen du plurilinguisme ; SHF : Société des hispanistes français de l’enseignement supérieur ; SIES : Société des italianistes de l’enseignement supérieur ; SLNL : Société des langues néo-latines.

Publié dans Institutions, L'Actu, Langue | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

L’humour en VO du 9 au 15 mars

Le Forum des Instituts Culturels de Paris propose 18 films étrangers en VO sous-titrée pour découvrir ce qui fait rire nos voisins.

LOGO FICEP

Pour la seconde fois, le FICEP invite à la découverte de la production de plus de 18 pays en géorgien, lituanien, italien, anglais, tchèque, danois, slovaque, roumain, russe… Paris abrite en effet le plus grand nombre d’Instituts culturels étrangers rassemblés au sein de ce forum unique au monde  (53 ! Voir la carte).

C’est le Centre Wallonie Bruxelles qui ouvre le bal avec la projection du premier long métrage du célèbre duo Abel et Gordon, L’Iceberg (Rumba, La fée…), en leur présence, le lundi 9 mars. Il est relayé par l’Institut Culturel Italien qui projette un incontournable Totò de 1951 .

L’institut Goethe propose de son côté plusieurs films, une coproduction  austro-germano-suisse « Über-ich und Du », mais aussi des films roumain Je suis une vielle coco, égyptien Terrorisme et Kebab et grec La Tante de Chicago, celui-ci précédé du court métrage Athènes danse le rock & roll. Une table ronde sur l’Humour et le cinéma rassemblera sous la houlette de Pierre Eisenreich de la revue Positif, le  critique Fabien Bauman, le réalisateur Gabriel Abrantes et le maître de conférence à Paris VIII Emmanuel Dreux,le jeudi 12 mars. Elle sera suivie d’une session de courts métrages suisse, croate, géorgien et hongrois.

Les sept centres culturels qui organisent ces projections accueillent gratuitement le public, dans la limite des places disponibles et sur réservation, et deux cinémas d’art et d’essai, Les Sept Parnassiens et La Pagode (tarif de 6,5 euros à 8 euros) participent également à cette seconde édition de la Semaine des Cinémas étrangers.

 

Publié dans Cinéma, FICEP, Goethe Institut, Instituts culturels étrangers, L'Actu, Manifestations | Tagué , , , | Laisser un commentaire

La traductrice Sepideh Jodeyri menacée

La traductrice iranienne Sepideh Jodeyri fait l’objet d’un lynchage médiatique dans son pays pour sa traduction de la bande dessinée « Bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh, adaptatée au cinéma par Abdelatif Kechiche. L’auteure a relayé sa tribune sur son  blog et appelle à soutenir la poétesse, à qui les autorités religieuses reprochent son « soutien à l’homosexualité », laquelle est passible de la peine de mort en Iran. Plus d’info sur ActuaLitté.

SepidehJodeyi

Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh traduit par Sepideh Jodeyi

Publié dans Non classé | Tagué , | Laisser un commentaire