Sérigraphies littéraires autour du Conte de la dernière pensée

Le Tripode poursuit ses « 400 coups ». Ce projet artistique initié l’an passé propose à vingt artistes d’exprimer leur vision d’un texte publié par la maison d’édition. L’expérimentation graphique se poursuivra jusqu’en 2023, soit 400 affiches au total.

Edgar

A l’occasion de la venue exceptionnelle de Edgar Hilsenrath en France, les éditions Le Tripode ont confié la réalisation d’une quarantaine de sérigraphies à des artistes, toutes inspirées de son roman Le conte de la dernière pensée ( traduction de Bernard Kreiss). Dans ce roman non autobiographique, Edgard Hilsenrath aborde le génocide arménien à travers l’histoire de Thovma Khatisian. 

Né dans une famille juive allemande le 2 avril 1926 à Leipzig, Edgar Hilsenrath est lui même rescapé de la Shoah. Dans les années 70, il émigre en Palestine, puis en France et aux États-Unis, avant de revenir en Allemagne. Ses romans Nuit,Le nazi et le barbier, Fuck America ou encore Orgasme à Moscou sont des best-sellers traduits dans une vingtaine de langues. Il y relate, dans une langue très crue et avec un humour noir qui est sa marque, son expérience du ghetto.

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Alors qu’est commémoré le centenaire du génocide arménien, le grand auteur allemand Edgar Hilsenrath était de passage en France à la Maison de la Poésie.

« Je suis tombé amoureux du peuple arménien et du sujet. Je me sentais moi-même arménien pendant l’écriture du Conte de la dernière pensée », raconte Edgar Hilsenrath (89 ans) qui a fait le déplacement de Berlin à Paris en cette semaine de commémoration du génocide arménien et participait mardi 21 avril 2015 à une lecture à la Maison de la Poésie.

Joachim Umlauf, directeur du Goethe Institut de Paris, qui a co-organisé avec Le Tripode la venue de Edgar Hilsenrath en France, rappelle que l’auteur juif allemand est considéré comme « l’un des plus grand écrivains germanophones de ces 50 dernières années » et exprime toute son admiration pour son « œuvre immense, redécouverte sur le tard ». Il explique ensuite la place à part que tient dans l’oeuvre d’Edgar Hilsenrath Le conte de la dernière pensée, seul roman qui ne soit pas consacré à la shoah. Tous les autres livres de l’auteur sont inspirés de l’histoire de sa famille déportée dans un ghetto roumain, puis contrainte à l’exil en Palestine, en France et aux USA.

« J’avais écrit plusieurs romans sur la shoah, je voulais encore en écrire un sur l’holocauste, mais plus sur l’holocauste juif. Je suis tombé automatiquement sur le génocide arménien », explique le vieil homme, dont la publication du premier livre Nuit a suscité de vives polémiques, avant d’être reconnu comme une œuvre majeure. Trop noir, trop cru, trop tôt ?

L’holocauste décrit du point de vue des nazis

« Le public n’était pas prêt », avance Joachim Umlauf, contredit par le malicieux Edgar Hilsenrath qui lance : « Je ne pense pas que les gens ne sont pas prêts, ce sont les éditeurs qui le croient ! ». Son second livre Le nazi et le barbier, sorti aux USA en 1971, puis en Allemagne en 1977, fit aussi couler beaucoup d’encre. Pour la première fois l’holocauste était décrit du point de vue des nazis, avec le même humour noir qui traverse toute son œuvre et rendit difficile sa publication après guerre. Le livre fut ainsi longtemps boycotté par les éditeurs allemands qui avaient peur d’être taxés d’antisémitisme. « Je me suis beaucoup amusé à l’écrire », confie Edgar Hilsenrath dont les récits inclassables oscillent toujours entre le tragique et le burlesque, l’horreur et la farce, le témoignage historique et la satire.

« C’est une œuvre très hybride, et même « trash », d’une originalité énorme », résume Joachim Umlauf qui rappelle que le Prix Nerval SGDL/Goethe Institut a été décerné aux traducteurs français de Nuit en 2012, Sacha Zilberfarb et Jörg Stickan. Cette reconnaissance et l’entreprise de republication engagée par le Tripode [à l’époque les éditions Attila, NdR] permirent à beaucoup de découvrir ou de redécouvrir le texte. Le Conte de la dernière pensée a été pour sa part traduit par Bernard Kreiss. Déjà auteur de la première traduction parue en 1992, celui-ci a voulu réviser l’ensemble du texte, au motif « qu’en 20 ans, un homme change, et dans le meilleur des cas, il se bonnifie ». La nouvelle version rétablit également la typographie, quelque peu bousculée dans la précédente édition.

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