Zsuzsa Bánk et Les jours clairs traduits par Olivier Mannoni

L’auteur allemande Zsuzsa Bánk était reçue par le Goethe Institut de Paris en compagnie de son traducteur pour dialoguer autour  de son dernier livre Les jours clairs. «Une langue simple et pure, extrêmement difficile à traduire », selon Olivier Mannoni

 

Les jours clairs de Zsuzsa Bánk

 Seri, Aja et Karl sont un trio lié par une claire amitié fondée sur une communauté de destins, celle d’enfants sans pères, « du moins pas comme d’autres enfants avaient des pères », et de mères qui toutes ont connu la perte. L’une est veuve, l’autre délaissée chaque année par son mari, la troisième en deuil d’un fils.

Une rencontre socialement impossible 

Dans ce petit village du sud de l’Allemagne en 1960, « leur rencontre socialement improbable est rendue possible à travers les enfants », explique l’auteure qui souligne combien ces femmes diffèrent de l’image de la famille de l’époque. « Nous nous agrippions à elles », raconte la narratrice Seri, « comme si quelque chose pouvait nous heurter et nous renverser, à cette époque où nous faisions nos adieux aux nombreuses choses qui avaient encadré notre enfance ».

Evi est la plus forte des trois, la plus libre aussi. Cette ancienne artiste du cirque d’État de Hongrie qui a fui en 1956 pour s’installer à Kirchblüt pourrait bien « remballer ses tentes à n’importe quel moment. », livre Zsuzsa Bánk. Mais cette probabilité s’éloigne avec l’obtention du Livret d’identité, délivré par la République fédérale, qui est tout à la fois une promesse d’ancrage et une coupure avec sa vie passée.

L’auteure d’origine hongroise s’est-elle inspirée de ses propres souvenirs, interroge Oriane Jeancourt qui anime la rencontre. « Mon enfance n’est pas assez intéressante pour un roman », assure Zsuzsa Bánk, « en revanche, je me souviens des émotions, de la perception enfantine du temps, de la nature et des saisons ». Le passage de l’une à l’autre donne son rythme et sa lumière au livre et rend palpable la nostalgie de personnages plongés dans l’attente des « jours clairs ».

Quand on arrête d’observer les oiseaux dans les arbres 

Plus que marquée par le moment où on affronte la vérité sur ses origines,  la fin de l’enfance serait le moment où « on cesse d’observer les oiseaux dans les arbres » et celui où Seri, Aja et Karl « abandonnent le rituel de se saluer en faisant la roue ». Cette intimité avec la pensée des enfants et l’utilisation d’une langue limpide et pure pour exprimer la complexité constituent les principales difficultés de traduction du roman.

« C’est une langue extrêmement difficile à traduire. Une des caractéristiques de l’écriture de Zsuzsa Bánk est qu’elle se développe de façon progressive, sous une forme musicale, rhapsodique, avec des retours permanents qui éclairent ce qui précède », explique Olivier Mannoni qui a déjà traduit deux de ses romans parus aux éditions Bourgois.

Zsuzsa Bánk et Olivier Mannoni au Goethe

Pour la lecture en français et en allemand, auteure et traducteur avaient choisi, sans s’être concertés, des passages différents, mais qui se faisaient écho et illustraient cet art de l’allusion que manie si habilement Zsuzsa Bánk, instillant par petites touches un doute, un pressentiment dont la résolution n’advient que bien plus tard dans le récit.

Jean-Marc Loubet, un des deux fondateurs des éditions Piranha qui publie ce troisième roman avoue « avoir été soulagé » qu’Oliver Mannoni ait accepté la traduction et octroyé sa confiance à une jeune maison, alors que « des sommes en jeu étaient importantes ». La traduction a d’ailleurs obtenu une aide du CNL.

« Mais, c’est l’idéal pour un traducteur d’avoir la chance de pouvoir tisser des liens, pas forcément personnels avec l’auteur, mais avec sa langue, de pouvoir en suivre le cheminement », tempère Olivier Mannoni, qui déplore avec la romancière que la traduction américaine ait complètement détruit le rythme du livre, au point d’introduire des dialogues qui n’existent pas dans la version originale.

L’attention apportée au choix des traducteurs

L’expérience traumatisante de voir son texte défiguré, vécue par l’auteure outre-Atlantique, ne risquait pas de se reproduire au sein des éditions Piranha, petite maison fondée l’an passé, dont l’un des trois principes énoncés sur le rabat de chaque couverture est « d’apporter un soin particulier au choix des traducteurs pour restituer au mieux les textes originaux ».

Six livres, essais ou romans, sont déjà parus et quatorze autres devraient suivre, récemment présentés aux libraires, dont une biographie de Karl Marx, un portrait de la nation américaine (vainqueur du National Book Award en 2013) et un essai écologique d’un auteur canadien dont l’angle de recherche surprendra plus d’un lecteur.

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