Que lit Aliénor d’Aquitaine, éternel gisant de l’abbaye de Fontevraud ?

Sous les coupoles de l’abbaye de Fontevraud, le gisant polychrome d’Aliénor d’Aquitaine (1122 – 1204) tient dans ses mains un livre de pierre. Le texte en est effacé. Mais, que lit Aliénor ? L’OuLiPo a été invité à répondre à la question. L’installation se visite jusqu’au 30 septembre.

Inventer le livre d’Aliénor d’Aquitaine… L’Ouvroir de littérature potentielle ne pouvait qu’être stimulé par la proposition de Xavier Kawa-Topor, directeur de l’abbaye royale de Fontevraud, où reposent les quatre gisants de la dynastie des Plantagenêt : Aliénor d’Aquitaine, son époux Henri II, leur fils Richard Cœur de Lion et Isabelle d’Angoulême, femme de Jean sans Terre. Ce gisant d’Aliénor d’Aquitaine, reine de France puis d’Angleterre, petite-fille de Guillaume IX le Troubadour, serait une des premières représentations d’une femme à la lecture en Occident.

Un destin exceptionnel

Une lectrice aux yeux clos… et un repos bien mérité, après une vie fort mouvementée et une destinée exceptionnelle. Aliénor fut reine de France puis d’Angleterre, mère de dix enfants dont trois rois, fine politique et femme de caractère, laquelle bafoua par deux fois l’ordre établi, en demandant et obtenant le divorce de son premier mari et en s’émancipant de la tutelle du second, d’après Le Larousse…. À plus de 70 ans, elle se démenait encore pour faire libérer son fils Richard Cœur de Lion, puis elle se retira à Fontevraud où elle mourut à 82 ans.

Une double page blanche offerte à l’OuLiPo

En janvier 2013, Jacques Roubaud, écrivain et mathématicien, membre de l’Oulipo reçoit donc cette missive : « Nous aimerions mener à partir de ce livre ouvert sur une double page blanche un projet de création littéraire pour répondre à la question sans réponse : que lit Aliénor d’Aquitaine ? Nous pensons qu’il y a matière à un projet collectif que nous serions heureux d’envisager avec l’Oulipo ».

Dans la préface du Livre d’Aliénor conçu par les huit écrivains de l’Oulipo, Valérie Beaudouin explique : « Ce livre de pierre, devenu symbole du support par l’absence même du contenu, était une invitation à réfléchir aux nouvelles potentialités de la lecture dans l’environnement numérique ». La création oulipienne s’articule ainsi autour d’un recueil composé de 31 textes médiévaux et contemporains, mis en scène dans l’abbatiale.

De l’influence du support sur la lecture et l’écriture

Le Livre d’Aliénor se décline sous plusieurs formes et sur différents supports. Une version « papier », dans un format identique au livre de pierre, est remise au visiteur et la version numérique est disponible sur le site, en français et en anglais. Dans l’abbaye, l’installation, conçue en collaboration avec l’artiste Elena Garcìa-Oliveros, explore la façon dont les différents supports influencent la lecture, mais aussi l’écriture : version imprimée au format du livre, exemplaires en grand format disposés sur des pupitres, projection sur des écrans muraux, version web sur tables tactiles ou encore animation vidéo sur grand écran. Dans sa préface, Valérie Beaudouin détaille aussi les idées qui ont finalement été abandonnées, mais qui donnent toutes matière à réflexion.

Trois sources ont inspiré les Oulipiens dans le choix des textes : le chant des troubadours, dont Aliénor encourageait l’expression poétique en digne petite-fille de Guillaume IX, fondateur du chant du Trobar ; la Bible — le livre qu’elle tient serait un psautier — et la Bretagne, car elle fut la protectrice de Chrétien de Troyes. Il s’agit principalement de poèmes, écrits en occitan, français et anglais. Les auteurs qui ont pris part au projet sont Michèle Audin, Valérie Beaudouin, Marcel Bénabou, Frédéric Forte, Paul Fournel Jacques Jouet, Jacques Roubaud et Ian Monk, qui a par ailleurs assuré la traduction de l’ensemble du recueil en anglais. L’édition et la traduction des poèmes de Guillaume IX sont de Katy Bernard.

 Une expo sur l’OuLiPo à la BnF

 La lecture du Livre d’Aliénor donnée le jour de l’inauguration sera reprise dans le cadre des Jeudis de l’Oulipo le 16 octobre 2014 à 19 h, à l’Auditorium de la BnF, qui accueillera l’exposition « OuLiPo » de novembre 2014 à février 2015.

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