« Le bonheur. Un idéal qui rend malheureux » de Wilhelm Schmid, première traduction en français

Wilhelm Schmid est sans conteste le plus populaire des philosophes allemands contemporains. Traduit pour la première fois en français, son court traité sur le bonheur vient de paraître chez Autrement, édition augmentée d’un texte écrit par l’auteur pour la version française : « Comment j’ai appris l’art de vivre à Paris », dans une traduction d’Olivier Mannoni.

C’est à Paris qu’il a le plus souffert. De cette crise existentielle traversée tout jeune homme durant sa première année d’étude à Paris, Wilhelm Schmid a tiré la suite de son œuvre et son plus grand bonheur, la philosophie comme art de vivre.

« Comment j’ai appris l’art de vivre à Paris », court texte de l’auteur ajouté dans l’édition française ne raconte pas la découverte par un étudiant allemand de la douceur de vivre en France, l’expérience réjouissante de vivre, selon l’expression, « wie Gott in Frankreich », mais est le récit de sa descente aux enfers et de sa rédemption par le(s) sens. Wilhelm Schmid y retrace son parcours intellectuel, qui débuta avec la découverte fortuite de deux livres de Foucault.

De « L’usage des plaisirs » à une philosophie de l’art de vivre

« À chaque fois qu’on ne sait plus comment avancer dans la vie, on devrait aller dans une librairie », recommande l’auteur qui tombe dans une petite bouquinerie, portant le nom de « merdrerie », sur « L’usage des plaisirs » et « Le souci de soi ». Dans ces ouvrages, Foucault montre que « le principal centre d’intérêt des philosophies antiques grecque et romaine était l’art de vivre, qu’il désignait volontiers sous le nom d’ « esthétique de l’existence »… Ce sera dorénavant la mission de celui qui deviendra par ailleurs un grand spécialiste de Foucault : établir une philosophie de l’art de vivre.

Son  premier livre, très précis sur la question, paraît en 1998 et rencontre tout de suite un grand succès. Tous ceux qui suivront également, jusqu’au dernier « Sérénité », qui caracole en deuxième place des meilleures ventes sur la liste du Spiegel depuis deux semaines. Entre temps, ces nombreux ouvrages, souvent de petits livres d’une centaine de pages dont la langue et le prix sont accessibles à tous, ont été traduits dans plusieurs langues, y compris le chinois.

L’hystérie du bonheur

Mais que propose l’honorable professeur à l’Université d’Erfurt, qui fut également pendant dix ans « directeur de conscience philosophique » dans un hôpital suisse, dans cet anti-manuel du bonheur pour trouver un si large écho auprès de ses lecteurs ? « Une petite pause pour reprendre souffle au milieu de l’hystérie du bonheur qui s’étend comme une tâche d’huile », avance-t-il dans la préface, avant de revenir sur le concept même, ô combien subjectif de « bonheur ».

Wilhelm Schmid distingue trois sortes de bonheur, le bonheur fortuit ou « bon-heur » (ce qui nous arrive de positif sans que nous y soyons pour quelque chose), le bonheur du bien-être (une maximisation des plaisirs dont la recherche effrénée est si souvent néfaste) et le bonheur philosophique, le plus durable que l’on n’atteint qu’en acceptant qu’il soit émaillé de «Ärger », soit contrariété, échecs, ennuis, ratés…. Ainsi, un chapitre s’intitule « Le bonheur d’être malheureux », dont la conclusion est aussi une introduction à un second déploiement de sa réflexion, l’essentiel dans la vie, ce n’est pas le bonheur, mais le sens…

L’exemple de la relation de couple

Interrogé par ses lecteurs au Goethe Institut à Paris sur cette idée, le philosophe se saisit de l’exemple du couple pour illustrer son propos. « Beaucoup de gens veulent être heureux dans la relation amoureuse, quelle idée folle ! ». Ceux-ci concluent s’ils éprouvent quelques « Ärger » avec leur partenaire, traduits ici par « moments d’agacements », que ce n’est pas la bonne personne. Alors que la vraie question est « quel sens je donne à cette relation ?». « Si je vois un sens, alors il m’est égal d’être heureux ou pas, et  je peux surmonter bien des « Ärger », expose avec les mots les plus simples Wilhelm Schmid, dont Olivier Mannoni assure la traduction, avant de donner trois exemples de « sens » possibles, indépendants des sentiments plus fluctuants.

Le bonheur, c’est l’abondance de sens

Wilhelm Schmid développe alors l’idée que le bonheur, c’est l’abondance de sens. Les chapitres suivants y sont consacrés au cours desquels il distingue sensorialité, sens intellectuel, spirituel, transcendantal, etc. Il insiste enfin durant cette conversation avec ses lecteurs, sur la nécessaire réflexion à mener sur l’attribution du sens donné à un mot ou à un concept. Imposées par le contexte historique et social, ces assignations sont néanmoins, rappelle-t-il, « modifiables de façon individuelle »… Une parmi d’autres pistes ouvertes par ce philosophe qui met son érudition au service d’un usage quotidien et réconfortant de la philosophie.

 

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