A Berlin en 2011, le Führer serait-il devenu une vedette de télévision ?

Diffusé à près de 1,5 million d’exemplaires en Allemagne, traduit en 35 langues et bientôt adapté au cinéma, le roman satirique de Timur Vermes a soulevé une vaste polémique outre-Rhin. Son traducteur Pierre Deshusses présente ce soir au Goethe Institut à Paris cette parodie grinçante que certains accusent de « banaliser le mal ».


« Nous avons trop souvent l’attitude de refus des gens qui ne conçoivent Hitler que comme un monstre pour se sentir mieux », explique l’auteur Timur Vermes dans un article de la Süddeutsche Zeitung. Pour obliger le lecteur à entrer dans la tête du dictateur, le récit est mené à la première personne du singulier, dans un Berlin contemporain.

En 2011, 70 ans après sa disparition, le Führer se réveille dans un terrain vague et part à la recherche de son bunker. Entre temps, le monde qu’il découvre, ahuri, est devenu « multikulti », plus personne ne fait le salut nazi et, Skandal über alles, c’est une femme qui dirige le pays ! Il est temps de remettre de l’ordre à tout ça. La télévision lui offre une parfaite tribune et les réseaux sociaux constituent un excellent canal de diffusion. Son passage à un show tv devient un hit sur Youtube, qu’il considère alors comme son meilleur outil de propagande, et le Bild, journal le plus lu d’Europe, titre : « Il a assassiné des millions de personnes. Aujourd’hui des millions de personnes l’acclament sur YouTube »…

À travers sa farce politique, l’auteur pose la question du destin du dictateur dans une société obnubilée par les taux d’audience et la célébrité. Vendu à 19,33 euros, en référence à l’année où le Führer a accédé au pouvoir (le gag ne fonctionne plus sur les plateformes qui proposent une réduction…), doté d’une couverture stylisée impossible à manquer, le best-seller de Timur Vermes serait-il, comme l’avance l’hebdomadaire Stern, « la dernière excroissance d’une machine de commercialisation d’Hitler qui brise tous les tabous pour faire de l’argent ». Un danger de banalisation du mal dénoncé par le journaliste de la Tageszeitung, Daniel Erk, auteur pendant des années du Hilter-blog, où il recensait tous les détournements de l’image d’ Hitler et autres références au nazisme à des fins commerciales.

Il est de retour, en librairie

Grosse farce ou brûlot explosif, c’est encore son traducteur Pierre Deshusses, fin connaisseur de l’ouvrage dont il a pénétré l’esprit, qui en parlera le mieux ! Ce soir,  au Goethe Institut à 19 h 30.

 

 

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