Le village européen des lettres, lieu utopique où résister à la barbarie

A l’occasion du Festival Littérature & Journalisme, quatre auteurs portugais, grec, polonais et suisse étaient invités à répondre à la question « Au-delà des littératures nationales, assistons nous à la naissance d’un roman européen ? ». Gonçalo M. Tavares, Christos Chryssopoulos, Jacek Dehnel et Bernard Comment livrent leurs réflexions sur le rôle des écrivains dans une Europe en crise et le pouvoir de la littérature.

European Bull

rockcohen, CC BY SA 2.0

Le «bairro» inventé par l’auteur portugais Gonçalo M. Tavares est un quartier imaginaire peuplé d’artistes et de gens de lettres, «un lieu où l’on tente de résister à l’entrée de la barbarie». Dans sa série de livres initiée en 2002 au Portugal (traduits par Dominique Nédellec, éd. Viviane Hamy depuis 2008)Monsieur Walser, Monsieur Henri (Michaux), Monsieur Brecht ont pour voisins Rimbaud, Balzac et Caroll… Son village utopique serait-il une allégorie de l’Europe et que peut la littérature en ces temps de crise, interroge Mathias Enard qui anime le débat.

L’Europe est « une somme de lois auxquelles je m’identifie » et une « ouverture sur la variété », explique Gonçalo M. Tavares qui constate qu’au Portugal il est impossible à la voix d’un auteur d’arriver jusqu’aux cercles de décisions. Les livres y seraient encore moins « entendus » que les journaux. Pourtant loin de lui l’idée d’agrandir son « bairro » pour élargir l’influence des artistes qui y habitent, bien au contraire, il plébiscite l’idée d’une énergie qui puise sa puissance dans sa concentration. « L’art est l’occupation de petits espaces très concentrés», territoires minuscules et infinis à la fois.

« L’Europe produit sa propre barbarie »

L’auteur grec Christos Chryssoupolos remarque de son côté que tout ce qui constituait le paradigme européen -la solidarité, la liberté, la démocratie- est remis en cause par la crise et que l’Union Européenne est capable de « produire sa propre barbarie ». Il dit douter du pouvoir de la littérature à développer l’humanisme et s’interroge sur la capacité des écrivains « à faire bouger les choses ». Un de leur rôle serait de faire remonter tous les antagonismes, de donner une voix à ceux que l’on n’entend pas. « Mais qui peut écouter la littérature dans une société où chacun essaie de faire taire l’autre ? », interroge-t-il. Il ne resterait à la celle-ci qu’à se « regarder elle-même pour créer un message audible ».

Selon lui, l’écrivain doit se placer au-delà de sa propre opinion et se mettre en danger.  Sa chronique athénienne Une lampe entre les dents (Actes Sud) n’aurait ainsi été en Grèce ni bien reçue à gauche (pas assez polémique), ni bien reçue à droite (il y montre une société dans la misère), somme toute une position inconfortable pour l’écrivain, « exactement celle que je voulais », atteste Christos Chryssoupolos.

«  Le roman européen, c’est Rabelais, Boccace, Cervantès »

En Pologne la culture serait aussi le lieu d’affrontement entre des discours opposés au sein d’une société divisée. L’inquiétude du jeune auteur Jacek Dehnel, traducteur et spécialiste de la poésie anglaise, se tourne en premier lieu vers l’éducation. « Le roman européen, c’est Rabelais, Boccace, Cervantès. Si on oublie d’apprendre cette grande littérature, nous perdons les fondamentaux », argumente l’auteur de Saturne (Les éditions Noir sur Blanc), un roman familial sur le peintre espagnol Francisco de Goya, son fils Javier et son petit fils Mariano.

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